On ne parle que du velib’ de Paris et du velo’v de Lyon, mais on oublie que Rennes fut la première ville à se doter d’un réseau de vélopartage moderne, c’était le 6 juin 1998, ça s’appelait Vélo à la carte. En juin 2009, le réseau se densifie et s’étend, il change et devient Velostar.
Le nouveau réseau de velo c’est à termes : 1250 vélos partagés entre 117 stations avec 2 500 prêts quotidiens, au sein de la ville de Rennes ainsi que les communes avoisinantes ; accompagné d’un réseau cyclable de 168 km pour études et travail, et 197 km pour loisirs et promenade ; associé aux stations de bus et de métro, sans oublier la gare, avec ouverture de mini-parcs à vélo fermés et surveillés, les TER acceptant par ailleurs les vélos ; tout en rappelant que la ville de Rennes n’est pas grande et relativement plate, tout est proche de tout ! (Eric Le Breton, 2009, «Le vélo à la conquête de l’agglomération», Place Publique Rennes #01, pp145-148 [1]) Il demeure encore quelques efforts à réaliser sur le réseau cyclable afin que le cycliste puisse trouver sa place dans la ville : Eric Le Breton rappelle la vidéo réalisé par quatrimemende «Angles morts», le défunt Rennes Infhonet avait étudié la question «Pas simple d’être cycliste». Mais la situation tend à s’améliorer à mesure. En conclusion, tout (ou presque tout le monde n’étant pas d’accord sur les efforts réalisés) est fait pour que le vélo puisse prendre plus de place au sein de la ville.
[Une station en plein centre ville un midi, Rennes, 2009]
Pas si facile toutefois, il y a des changements bien plus longs que d’autres, et l’usage quotidien du vélo représente une véritable révolution culturelle (le concept de vélorution se développe rapidement). En date de novembre, la situation est la suivante : 900 vélos, 82 stations, 280 emprunts quotidiens et quelques 1 000 déplacements journaliers. L’aventure avance doucement ! En tant qu’observateur, je suis quelque peu surpris de ne voir quasiment personne en velostar et des stations toujours sans vélos. Le Rennais vient alors m’expliquer : «au 1er novembre, 350 avaient été volés, 250 étaient en réparation et 350 étaient en circulation». La situation semble préoccupante, ces vols et dégradations sont également présents dans les autres villes, Paris a même eu le droit à un petit article dans le New-York Times récemment. Mais dans une mesure bien moindre : 10% à Paris et 15% à Lyon (toujours selon Le Rennais). Mais il semble que les choses avancent, le vélo et le cycliste semblent avoir perdu leur image ringarde.
[Les nouvelles stations velostar, Rennes, 2009]
Mais une question se pose ? Parle-t-on de prendre une place ou de reprendre sa place dans les usages urbains ? Eric Le Breton rappelle les enquêtes menées par le sociologue Chombart de Lawe dans les années 1950 : «vont au travail à vélo 59% des ouvriers, 39% des employés et 16% des cadres». Pour quelles raisons ? Par défaut, la voiture est alors bien trop onéreuse. Pour l’agglomération rennaise, la désaffection du vélo (ou plutôt du deux roues puisque cela inclu la motorisation) est claire : 11% des déplacements en 1979 4.6% en 1991 et 4.7% en 2007 [2]. Et ce alors même que 57% des ménages rennais étaient équipés en 2007 contre seulement 18% en 1991. Pour quelles raisons ? La voiture est moins onéreuse et le réseau de transports en commun est dense et étendu, ça c’est pour le quotidien, le vélo est mobilisé pour les loisirs, ça c’est pour tout le reste. Il est donc bien question de prendre une place dans les usages quotidiens de la ville, une place qu’il s’agit d’inventer pour que le vélo puisse s’approprier la ville.
[Le velo de moins en moins ringard, Rennes, 2009]
Pourquoi j’aborde ce sujet ? Simplement je me demande tout ce qu’il est possible de faire autour de cette question en termes de design interactif (visualiser, révéler, approprier) et en termes d’étude interactive (entrelacement de traces), et quels petits services à valeur ajoutée il est possible de générer autour du vélo en milieu urbain. Ce billet n’est alors qu’introductif à une petite réflexion. Je reviendrai régulièrement sur le sujet pour présenter les nombreuses expérimentations réalisées ailleurs...
[1] Les données mobilisées dans l’article proviennent des enquêtes espacées réalisées par l’AUDIAR dont nous avons précédemment parlé.
[3] Si la valeur relative n’a pas changé entre 1991 et 2007, il n’en va pas de même de la valeur absolue. La récente étude «Les mobilités dans l’agglomération et l’aire urbaine de Rennes» réalisée par l’AUDIAR rappelle ainsi «une forte croissance des déplacements dans l’agglomération : +37% entre 1991 et 2007. Cette augmentation s’explique pour 60% par la croissance démographique et pour 40% par le développement de la mobilité individuelle.» Les seuls changements importants représentent une moindre part relative de la voiture au profit des transports collectifs.




