Pour pouvoir faire des traces numériques des outils d’aide à la décision tant du côté de l’offre que de la demande urbaine, il est nécessaire de pouvoir distinguer les différentes couches urbaines. Dit autrement, compte-tenu du côté automatique et anonyme de la collecte de ces traces, les traces peuvent être liées à une communication du domicile, du travail, d’un déplacement en voiture, en métro ou en vélo, d’un rendez-vous au café ou au restaurant, d’une activité sportive ou culturelle, d’une visite touristique, d’un concert, etc. La grande diversité des usages urbains ne peut être distinguée à partir de ces simples traces. Aussi, pour en faire un outil opérationnel et précis à un moment donné, il semble nécessaire d’être capable de distinguer les différentes couches urbaines et de mieux les lier aux usages du téléphone mobile notamment.
Du coup, assez clairement, il convient de se tourner vers toutes les études sur la problématique urbaine, lesquelles n’ont pas émergé avec les traces numériques, et peuvent apporter des orientations aux analyses relativement intéressantes. Le géographe Harvey Miller dans l’article «Activites in space and time» nous offre une première opportunité, celle de distinguer les activités en fonction de leur caractère fixe ou flexible quotidiennement. D’une part, les activités fixes, autrement dit la routine, se réfèrent à des événements où les dimensions spatiales et temporelles sont rarement modulables : les obligations familiales et professionnelles, ainsi que les déplacements entre ces deux lieux. Ces activités sont bien évidemment les plus consommatrices en termes de temps. D’autre part, les activités flexibles se réfèrent aux aménités urbaines, sports, loisirs, restaurants, cinéma, café, vacances, concerts, festivals, exhibitions, etc., lesquelles peuvent être plus ou moins modulables en fonction des circonstances. Ces activités sont certes flexibles quotidiennement mais peuvent aisément devenir fixes ou régulières dans le temps et dans l’espace lorsque l’on considère la semaine, le mois ou encore l’année.
Nous sommes donc tous (quasiment) de grands routiniers, ne seraient-ce que parce que nous avons des places préférentielles au cours du temps : les mêmes loisirs, les mêmes restaurants, les mêmes lieux de vacances, etc. La régularité spatiale et temporelle est extrêmement élevée. L’étude sur les déplacements des individus intitulée «Understanding individual human mobility patterns» réalisée par Marta Gonzalez, César Hidalgo et Albert-Laszlo Barabasi, l’a pleinement montré. Elle se focalisait sur 100 000 usagers anonymes du téléphone mobile dont les traces ont été mesurées pendant rien moins que six mois : les trajectoires humaines ont une régularité tant temporelle que spatiale extrêmement élevée, et malgré la diversité de leurs déplacements, les usagers suivent des chemines aisément retraçables. Mais ce faisant, nous n’avons encore séparé aucune des couches, mais tout de même confirmé grandement précisé et pleinement mesuré la régularité dans sa double dimension. Tout ça pour ça dirons certains ! Peut-être mais c’est tout de même la première étape nécessaire, et également d’une très grande complexité technique et analytique...

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