Après un survol qui ne rend vraiment pas hommage à tous les travaux sur les données numériques, j’en arrive tout de même aux traces mobiles. Arrêtons-nous tout de suite : qu’entendons-nous par trace mobile exactement ? Chaque fois que l’on utilise un téléphone mobile, pour envoyer ou recevoir un appel ou un sms notamment, la communication passe par l’antenne physiquement la plus proche. Dès lors, chaque fois qu’une antenne est sollicitée au cours d’une communication, nous parlons de trace mobile. La trace du début d’un appel, de la fin d’un appel, d’un texto, ou encore d’un changement d’antenne : lorsque l’on se déplace en téléphonant et que l’on sort de la zone de couverture d’une antenne, l’antenne suivante la plus proche prend le relais. Il est alors possible de demander aux antennes d’enregistrer ces traces, ce qui nous donne alors un ensemble d’informations : un identifiant de l’usager, les antennes sollicitées, l’heure de sollicitation. Les antennes sont géolocalisées il est alors possible de localiser toutes ces traces.
Cinq précisions semblent importantes par rapport aux problématiques de protection de la vie privée : (1) un alias n’est aucunement un numéro de téléphone mais simplement un nombre allant de 1 à N, N étant le nombre d’usagers enregistrés ; (2) l’alias change automatiquement à chaque nouvel enregistrement, puisqu’il n’y a aucun lien gardé entre alias et téléphone ; (3) il n’y a pas le droit de relier ces données géolocalisées aux caractéristiques des usagers via les données disponibles lors de l’abonnement notamment ; (4) l’antenne couvre une zone et n’est en aucune manière un lieu précis sur la carte, il n’est donc pas possible de dire “où” mais plutôt “dans quelle zone” ; (5) entre deux communications mobiles, si la personne a changé de lieu, il n’y a aucune information sur le chemin pris par l’usager, il n’est alors possible que d’utiliser les modèles de prédiction des trajectoires empruntées en réalisant des hypothèses.
Pour obtenir plus d’informations, notamment sur les usagers, il est nécessaire de s’inscrire dans la logique soit de l’enquête (cf. billet à venir) soit de l’expérimentation, autrement dit de demander l’accord des usagers sur lesquels portent l’étude, comme dans le cadre légal de toute enquête d’ailleurs. Ainsi, l’utilisation des traces mobiles a pris une ampleur relativement nouvelle avec l’expérience réalisée par la Waag Society et l’artiste Esther Polak en 2002 sur des volontaires au sein de la ville d’Amsterdam. Précisons qu’il y a ici comme dans d’autres travaux (cf. billet à venir) un changement notable dans l’enregistrement des traces mobiles (outre que l’expérience d’Amsterdam était basée sur le GPS, beaucoup plus précis qu’une antenne) : compte-tenu que les personnes sont volontaires, l’idée est de pouvoir affiner l’analyse et pallier à la limite (5). Dès lors, il est demandé aux antennes d’enregistrer les traces plus régulièrement, par exemple toutes les 15 minutes.
Avec le développement de l’Internet mobile (via l’iPhone notamment), tout à chacun peut décider de se faire géolocaliser, pour trouver le cinéma, le restaurant ou encore ses amis les plus proches. Mais également il nous semble intéressant de souligner le cas de OpenstreetMap qui permet à tout à chacun de se faire enregistrer et de visualiser ensuite ses propres traces, son propre parcours. Il y a tout de même plus de 230 000 parcours enregistrés, certains parcours pouvant représenter jusqu’à plus de 630 000 points.

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